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Changement Climatique

Problématique de la pêche et du changement climatique en Afrique de l’Ouest

Les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest partagent un littoral maritime de 6069 km et une Zone Economique Exclusive (ZEE) de 2 016 900 km2 qui comprend d’importantes potentialités halieutiques. Les différents scénarios envisageables prévoient un réchauffement global de la basse atmosphère allant de 3 à 4° C d’ici 2080 (GIEC, 2007). Il est à prévoir que le réchauffement qui en résultera pour les températures de surface de la mer aura certainement un impact sur la productivité de la mer et plus particulièrement sur les upwellings, des remontées d'eaux froides riches en éléments nutritifs, qui favorisent cette productivité. Les prévisions actuelles sur les variations éventuelles de la productivité de l’océan sont essentiellement fondées sur les résultats des modèles climatiques globaux (MCG) et ceux des reconstitutions paléo climatiques (Tsyban et coll.., 1990, GIEC 2007).
Le moteur de l’upwelling au Sénégal est le vent, notamment les alizés soufflant dans une direction parallèle à la côte (Roy, 1991 ; 1992). Globalement, plus les alizés sont forts, plus le phénomène d’upwelling est intense . Il est probable qu’on assiste au Sénégal et dans les autres pays de l’écorégion, du fait des effets des changements climatiques, à une diminution de l’intensité des upwellings (Diouf; 1996).

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Par ailleurs, l’élévation du niveau de la mer prévue entraînera une submersion des terres basses (Niang-Diop, 1992). Ceci provoquera probablement, par la mobilisation d’éléments d’origine terrestre, une augmentation passagère des concentrations d’azotes et de phosphore, plus particulièrement aux abords de la côte. Il est à prévoir également la libération dans le milieu marin de pesticides et de substances toxiques actuellement enfouies dans les sols.

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Les études d’impacts des changements climatiques prédisent une intensification et une augmentation de la fréquence des tempêtes (Jilan et coll., 1996). Ceci aura des conséquences très négatives pour des zones très vulnérables comme les îles situées au niveau des estuaires et abritant des sociétés de pêcheurs très ancrées dans le milieu, ainsi que sur les aires marines protégées définies par les différents pays de manière concertée.

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Les ressources halieutiques marines seront affectées par les modifications induites par les changements climatiques (rapport  IPCC; 2001: Impacts, adaptation and vulnerability) sur plusieurs variables de l’environnement :

  • la perte potentielle d’habitats côtiers importants pour l’éco-biologie des espèces ;
  • l’élévation de la température ;
  • la réduction de la productivité (upwelling, enrichissement trophique par les fleuves) ;
  • les changements de la circulation des courants, etc.

Plusieurs espèces, parmi lesquelles certaines sont activement exploitées par les pêcheries sénégalaises, ont un cycle de vie fortement dépendant d’habitats côtiers (estuaires, zones marines côtières de faible profondeur). En effet, elles utilisent ces milieux comme des nourriceries. Or, l’élévation du niveau de la mer va modifier les caractéristiques qui permettent à ces environnements d’assurer la fonction écologique de nourricerie (eaux calmes, richesse trophique élevée, présence d’abris comme les racines de mangroves, faible prédation). Il est possible que des problèmes de recrutement se posent pour certaines pêcheries marines. Parmi les espèces qui utilisent les habitats côtiers comme nourricerie on peut citer les sardinelles, les éthmaloses, les pomadasys, les mérous, … On imagine les conséquences socio-économiques désastreuses qu’entraînerait l’effondrement de ces pêcheries.

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L’affaiblissement des upwellings prévu et la diminution de l’enrichissement du milieu marin par les apports continentaux suite à la réduction de la pluviométrie, auront un impact négatif sur les ressources halieutiques. Les ressources pélagiques les plus importantes de l’Afrique de l’Ouest, et du Sénégal en particulier, sont fortement liées aux upwellings (Roy, 1991).
Il a été montré que quand les upwellings sont forts, la production primaire est forte et permet d’alimenter de grandes populations de poissons phyto-planctophages. En revanche, quand les upwellings sont faibles, le temps de résidence des eaux au-dessus du plateau continental augmente, ce qui améliore le transfert de la production primaire vers le zooplancton et favorise donc les filtreurs de zooplancton (Sardinella, Trachurus) et les prédateurs (Decapterus, Scomber) (Binet et al., 1998). Les changements climatiques entraînant une diminution de l’intensité des upwellings, il faut prévoir que les filtreurs de zooplancton soient favorisés.
Les ressources pélagiques côtières qui constituent environ 75 % des débarquements au Sénégal sont très sensibles aux variations des conditions du milieu. Il en est de même pour certaines ressources pélagiques hauturières comme les thons. Il est possible que le réchauffement des eaux dues aux changements climatiques modifie leur période d’abondance dans les différents pays d’Afrique de l’Ouest. En particulier, les thons espèces migratrices, inféodées aux eaux chaudes (températures > 18° C pour le listao, > 20-21° C pour les juvéniles d’albacore et de patudo et > 12 à 14° C pour les adultes) pourraient voir leur période de séjour s’allonger.

problematique-de-la-peche 5La migration d’Epinephelus aenus (le thiof), pourrait être affectée par la diminution de l’intensité des upwellings due aux changements climatiques au Sénégal, en Mauritanie, en Gambie et dans les autres pays. En effet, Cury et Roy (1988) on observé une liaison entre la date d’apparition des captures de « thiof » à Kayar et Saint-Louis et les indices d’upwellings à Nouadhibou (nord de la côte mauritanienne) et Yoff (Dakar, Sénégal). Le déclenchement de la migration des « thiofs » vers le sud apparaît associé au moment où l’intensité de l’upwelling s’accroît au Sénégal et diminue en Mauritanie. L’affaiblissement des upwellings au Sénégal induit par les changements climatiques pourrait avoir des répercussions sur le cycle migratoire de cette espèce fortement recherchée.
Dans l’ensemble, les Programmes Nationaux d’Adaptation aux Changements Climatiques (PANA) pour les pays du programme restent peu précis dans leurs contenus scientifiques et techniques, notamment pour ce qui concerne les zones côtières et les ressources halieutiques qui semblent pourtant les plus menacées. Les projections faites sur les impacts des changements climatiques sur les différents milieux s’appuient sur des analyses superficielles, parfois erratiques et qui prennent peu en charge les conséquences néfastes sur le secteur de la pêche déjà en crise. Mais ces programmes brillent également par la faiblesse de leurs bases sociales et politiques, n’ayant pas fait l’objet d’une concertation entre les différentes autorités et avec les différents acteurs sectoriels et des territoires. Mais c’est surtout l’absence du souci de cohérence entre les stratégies des différents pays et le cloisonnement national des différents programmes pour ce qui concerne les zones côtières et la pêche qui constituent un problème majeur que le programme Adaptation des Politiques de Pêche aux Changements Climatiques (APPECCAO) va chercher à infléchir.

Pour plus de détails voir : le projet APPECCAO (Adaptation des politiques de pêche au changement climatique en Afrique de l’Ouest)