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Boussole

Préambule

La Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO)[1] couvre un vaste ensemble de 6,13 millions de km² abritant une population de 230 millions d’habitants. Disposant d'un important réseau hydrographique (deux fleuves continentaux, une multitude de petits fleuves côtiers et rivières, de lacs naturels ou artificiels), et d'un littoral de 6135 km (souvent précédé de lagunes, auquel correspond une Zone économique exclusive (ZEE)[2] de 2 016 900 km2), elle représente un potentiel halieutique certain, valorisé par un secteur des pêches important économiquement et socialement :

  • Économiquement, ce secteur contribue de manière significative au Produit intérieur brut (PIB) de la plupart des pays et, représente pour les Etats côtiers une source non négligeable de recettes en devises par les exportations[3] et les redevances et/ou contreparties financières des différents accords de pêche passés avec d'autres pays ou zones économiques (union européenne – UE notamment).
  • Socialement, ce secteur joue un rôle essentiel dans la couverture des besoins en protéines animales des populations à faible pouvoir d’achat dans leur grande majorité, et représente un nombre d'emplois et auto emplois appréciables dans un contexte de chômage.

Essentiellement pratiquée dans la première moitié du XXème siècle par des populations autochtones spécialisées pour satisfaire aux besoins des marchés locaux, la pêche a ensuite connu une progression remarquable liée au développement concomitant des marchés et des transports. Depuis le début du XXIe siècle elle connaît une baisse des captures pouvant s'expliquer par la surexploitation liée à un marché en pleine expansion (forte croissance de la population, urbanisation rapide et mouvements de populations vers les zones littorales, mondialisation du marché), aux changements climatiques et aménagements hydro agricoles modifiant les écosystèmes, à la hausse des prix du carburant limitant l'effort de pêche et à une administration insuffisante du secteur. Dans ce contexte est mis en place le « réseau sur les politiques de pêche en Afrique de l'Ouest » (REPAO) qui a pour ambition de mettre en relation les différents groupes d'acteurs de la pêche de cette sous-région[4] afin de construire une vision commune du futur et d'identifier des axes de politique sectorielle conciliant la recherche de compétitivité sur les marchés mondiaux, la satisfaction des besoins alimentaires des populations nationales et la conservation durable des ressources halieutiques. Conscient de l'immensité et de la diversité (écologique et politique) du champ à couvrir, le REPAO a dans un premier temps inscrit son intervention dans l’un des trois sous-ensembles de l’Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire les sept pays de la Commission sous-régionale des pêches (CSRP)[5]. Son intervention sera étendue progressivement aux autres pays membres de la CEDEAO selon les opportunités, notamment aux pays membres de l’autre commission sous-régionale des pêches, à savoir le Comité des pêches du centre ouest du golfe de Guinée (CPCO) et des pays continentaux de l’Afrique de l’Ouest à savoir le Mali, le Niger et le Burkina Faso [6].

Une première série d'études réalisées sur les pêches maritimes dans 6 des 7 pays de la CSRP lui ont permis de préciser concrètement sa méthodologie d'intervention présentée ci-après.

 


[1] Instituée en 1975 par le traité de Lagos, cette organisation est destinée à favoriser le développement économique, social et culturel des 16 pays fondateurs : Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone et Togo.

[2] ZEE : Zone économique exclusive. La Convention des Nations Unie sur le Droit de la Mer de Montego Bay, 1982, établit une ZEE de 200 miles (371 km) à l’intérieur de laquelle l'Etat côtier est souverain en matière d’exploitation des ressources naturelles, en particulier la pêche, mais aussi le pétrole.

[3] Pour le Sénégal et la Mauritanie, les exportations de produits halieutiques constituent le premier poste dans les exportations totales du pays. Elles fournissent respectivement 30% et 45% des valeurs des exportations totales du pays.

[4] Pêcheurs artisans, pêcheurs industriels, transformateurs, mareyeurs, institutions gouvernementales, intergouvernementales et non gouvernementales, partenaires au développement, etc.

[5] La Commission sous régionale des pêches (CSRP) a été créée le 29 mars 1985 par le cap Vert, la Gambie, la Guinée-Bissau, la Mauritanie et le Sénégal ; ultérieurement la Guinée (1987) et la Sierra Léone (2004) y ont adhéré à leur tour.

[6] Le Comité des pêches du centre ouest du golfe de Guinée (CPCO) a été créé en 2006 et regroupe 6 pays : Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana, Liberia, Nigeria et Togo